N'est pas mort ce qui à jamais dort ...

Le Sanatorium de Waverly Hill

17 Janvier 2012 , Rédigé par Kthullu Publié dans #Lieux Hantés

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Historique sur la prise en charge de la tuberculose

Au siècle dernier, on appelait la tuberculose : la peste blanche,  et son triste palmarès était de 100 000 victimes par an. D’après les scientifiques, elle serait apparue il y a 3 millions d’années, en même temps que les premiers humains, et nous aurait talonnés jusqu’à l’invention des antibiotiques, croquant régulièrement dans la population sa quote-part de viande fraîche. Si sa forme pulmonaire est la plus connue, sous le vieux nom de « phtisie », sachez qu’il en existe de nombreuse variantes osseuses ou cutanées. On connaît même une tuberculose urogénitale.

Dans les temps les plus reculés, à défaut de médecine efficace, la prière demeure le recours commun. Une variante indienne dit : « Ô Fièvre, avec ton frère la Consomption, avec ta sœur la Toux, va-t-en frapper les gens d’en dessous » . Aux invocations à la vierge et aux saints, s’ajoutent durant le Moyen-Age des prescriptions plus ou moins engageantes : ingestion de broyat de poumon animal, confiture de cloporte, jus d’escargot, ou transfusion de lait de chèvre. La Renaissance opte pour le régime lacté, qui connaît un long succès malgré sa totale inefficacité, ainsi que pour un procédé à l’éthique discutable consistant à faire dormir une fraîche jeune fille à côté du malade ; par transfert dit-on, le tuberculeux guérit et la jeune fille dépérit.

Toutes ces méthodes ne donnant que peu de résultats, les siècles suivants vont s’attacher à l’humeur du malade. La tuberculose, dit-on, est une affection de l’esprit. Tempérance, abstinence et longues marches dans la nature sont censées remonter le moral de ces victimes des « passions tristes ». Dans l’imaginaire romantique, la phtisie restera d’ailleurs associée à la mélancolie et nos auteurs du XIXe ne seront pas avares lyrisme pour vanter le charme des pâles et belles mourantes :

« Son visage était amaigri et pâle ; ses yeux, coupés en amande, auraient peut-être jeté trop d’éclat, si une suavité extraordinaire n’eût éteint à demi ses regards en les faisant briller languissamment, comme un rayon de lumière s’adoucit en traversant le cristal de l’eau. Son caractère avait une sorte de raideur et d’impatience qui tenait à la force de ses sentiments et au mal intérieur qu’elle éprouvait »(Chateaubriand, Les Mémoires d’Outre-tombe, 1848).

De toutes les stratégies médicales plus ou moins heureuses mises au point pour traiter le fléau, celle qui résistât le mieux aux modes thérapeutiques fut l’exposition au grand air et au soleil, ordinairement considérée comme une condition nécessaire à l’amélioration de l’état des tuberculeux. À l’ère industrielle, le lait et les prières font donc place aux sanatoriums. Au début privés et donc réservés aux classes moyennes ou supérieures, il accèdent à la gratuité en 1892, consécutivement à la mise en place du premier système d’assurances contre la maladie par Bismarck.

Le début du XXe siècle verra le grand essor de ces structures – 250 sont construits entre 1900 à 1950 sur le territoire français. Souvent bâtis face à la mer, à proximité de forêts de pins ou de sapins, ils sont spécialement conçus pour le traitement de la maladie, car en l’absence de traitement médicamenteux, le remède préconisé est la cure de soleil (héliothérapie) et d’air chargé de l’effluve des pins, ainsi que la mise en quarantaine pour endiguer les risques de contagion. De là, leur architecture particulière : de grandes baies vitrées, beaucoup de fenêtres, de la verdure – ou comment crever la tête dans les cimes.


Le sanatorium de Waverly Hill


Ouvert en 1910, ce qui n’était au début qu’un petit hôpital destiné à accueillir une cinquantaine de patients dut s’agrandir d’année en année pour faire face à la propagation de la maladie, jusqu’à devenir le plus grand sanatorium d’Amérique, un établissement comptant plus de 400 salles réparties sur 5 étages et doté d’un équipement des plus modernes. S’étirant sur toute la colline, souvent comparé à une chauve-souris étendant ses ailes, le sanatorium de Waverly Hill, dans l’état du Kentucky, accueillit les tuberculeux de la région, auxquels s’ajoutèrent ensuite les soldats rentrés du front infectés par le bacille à la fin de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, la tuberculose est la première cause de mortalité en Europe et en Amérique du Nord, devant les armes à feu et les accidents. Si un vaccin a bien été mis au point par Calmette et Guérin en 1921, il ne fonctionne de façon optimum que sur les enfants et ne suffit pas à juguler l’épidémie mondiale. Il faudra attendre la découverte des antibiotiques dans les années 50 pour envisager de parler de la peste blanche au passé.

Après cinquante ans d’activité, le Sanatorium de Waverly Hill sera transformé en 1961 en centre gériatrique, fermé à son tour en 1982 pour cause de mauvais traitements à l’égard des pensionnaires, laissant alors place à la légende. Car depuis, des rumeurs circulent ; les gardiens et les visiteurs auraient aperçu des ombres mouvantes, des visages aux fenêtres, entendu des chuchotements et vu quantité d'orbs (cercles lumineux apparaissant sur les photographies) qui plaisent tant aux chasseurs de spectres. À l’histoire du lieu, déjà sinistre, vont se mêler anecdotes et légendes urbaines, la difficulté étant, bien entendu, de démêler le vrai du faux.  Plusieurs dizaines de milliers de personnes y seraient mortes, on dit que les patients y servaient de cobayes à des expériences dignes de Mengele, qu’on évacuait les cadavres en les jetant dans un puits, etc. le tout saupoudré de  crises de folie du personnel et de quelques drames personnels. Car, comme il convient, le sanatorium a sa chambre maudite, la 502 où se serait pendue une infirmière en 1928 et ou une autre se serait jetée par la fênetre par la suite.

Pour ce qui est des fantômes, se faire une opinion est difficile, car chacun a sa version et s’y accroche. S’il est crédible de penser que des motivations commerciales puissent inciter les gardiens à tirer un peu sur l’élastique des apparitions paranormales, il est plus difficile de mettre en doute la parole de badauds passant simplement par là. Que ceux-ci aient été influencés par le passé et l’architecture particulièrement sinistres du bâtiment, ou qu’ils aient réellement vu quelque chose est impossible à déterminer. La question de la hantise reste donc suspendue.

On éstime que 63 000 personnes seraient décédées à Waverly Hill. 

Par contre une autre allégation erronée : des expériences sauvages auraient été effectuées sur les patients, les cadavres des malheureuses victimes étant ensuite évacués de nuit par le fameux « tunnel de la mort ».

L’origine de cette légende urbaine, reprise dans le film de Philip Adrian Booth "Death Tunnel ", est l’impressionnante « thoracoplastie » qui déclenche irrésistiblement des images de docteur fou armé d’une scie rouillée. Or, cette technique chirurgicale qui, bien que très invasive, était tout à fait légale et permit parfois de sauver des vies (seulement dans 5% des cas ). Elle consiste en une ablation de plusieurs côtes destinée à provoquer un affaissement d’une zone du poumon pour priver le bacille de Koch (la bactérie résponsable de la tuberculose ) d’oxygène. Ce n’est pas très appétissant, mais n’a rien à voir avec la thèse de la boucherie expérimentale reprise par la plupart des rédacteurs d’articles à sensation. Cette opération était effectuée avec l’accord du patient et s’avérait souvent celle de la dernière chance pour des malades que d’autres traitements avaient échoué à guérir.


Idem pour le fameux passage souterrain. Le film Death Tunnel doit en effet son titre à une subtilité architecturale : un passage couvert courant du rez-de-chaussée de l’hôpital jusqu’au bas de la colline. D’une longueur d’environ 150 mètres, il servait en premier lieu de raccourci au personnel pour accéder au bâtiment, puis a été reconverti en sortie pour les cadavres. Il aurait été en effet mal venu, dans un établissement où beaucoup ignoraient s’ils allaient survivre, de faire défiler les cercueils par la porte principale. Plus couramment appelé « Body Chute » en raison de sa légère pente, le tunnel fera couler plus d’encre encore que les suicides d’infirmière ou les crises d’hystérie du personnel. Dans certaines versions, on peut même lire que les cadavres y étaient jetés ou entreposés, et qu’on les laissait faisander tranquillement à l’insu des malades .

Il n’en reste pas moins que l’endroit est absolument sinistre, qu’il a abrité plusieurs décennies de souffrance et que de nombreux témoins jurent avoir « vu des choses » dans les couloirs délabrés.

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